Article de presse

MENEZ L'ÉLÈVE À LA BAGUETTE

Tantôt élève tantôt instituteur, Bernard Menez nous donne une leçon de vie dans le spectacle J'espérons que je m'en sortira. Du haut de son estrade, il nous convie à redécouvrir le sens des choses avec des - vrais - mots d'enfants.

"Vrais", en effet, car l'auteur, Marcello d'Orta était instituteur en banlieue napolitaine durant les années 80. Dans J'espérons que je m'en sortira, il délivre soixante des plus surprenantes rédactions qu'il ait corrigées pendant ses années d'enseignement. Ainsi c'est l'agitation sous la ferme du théâtre Sudden, et déjà les mauvais élèves du fond sont invités à se rapprocher. Si certains spectateurs sont rappelés à l'ordre : « Vous, l'élève à lunettes, venez cracher votre chewing-gum ! », d'autres rétorquent aussitôt : « Hé ! Mais il a 50 balais ! »…. Nous retombons en enfance ; le cours commence et tout le monde se tait. Ce soir, la moyenne d'âge de la classe doit être de 40 ans mais chacun écoute attentivement le maître Menez. Au programme : leçon de choses, d'arithmétique, d'histoire, de morale, d'éducation civique, de géographie…

 
 

Une autre perception des mots et du monde

Menez a plusieurs casquettes et un bonnet d'âne ! Tour à tour il joue différents écoliers. Parfois il passe au piquet quand certains envoient des avions en papier, ou conjugue « apparaître comme un pître en classe et choir dans l'estime du maître », et à tous les modes, s'il vous plaît ! La maladresse touchante des élèves qu'il incarne, leurs explications farfelues et leurs raisonnements abracadabrantesques, nous ouvrent d'autres perceptions. Les bourdes et les coquilles font surgir avec poésie la possibilité d'une autre définition. « La maman, c'est une chose sérieuse. C'est un mammifère. C'est pour ça qu'elle s'appelle maman. »

Sur scène, Bernard Menez les met en relief. Ancien maître d'école, lui aussi, il manie l'art de la pédagogie avec professionnalisme et endosse à merveille l'innocence attendrissante de l'élève du siècle dernier. En transposant cette compilation de la ville d'Arzano dans une école à la Pagnol, Gérard Volat a su rester fidèle à la naïveté « déglingouillée » du texte, tout en rendant hommage à l'enfance, la sienne et à l'école républicaine. Mais bientôt c'est la récréation : on remplit les encriers, on distribue le goûter et on laisse souffler les spectateurs avant la récitation. Menez et Volat remportent une volée... de bons points.

Elsa MINGOT (Paris)

J'espérons que je m'en sortira
D'après Marcello d'Orta, traduit de l'Italien par François Aynard
Mise en scène de Gérard Volat
Avec Bernard Menez


25/04/2007
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